Vous aviez décidé de refuser. La demande ne vous arrangeait pas, vous n'aviez pas le temps, ou simplement pas envie.
Et puis la personne a insisté. Vous avez imaginé sa déception, peut-être son agacement. Vous avez cherché une explication acceptable, hésité sur les mots. Finalement, vous avez dit oui.
Quelques minutes plus tard, vous vous demandez pourquoi vous avez encore accepté.
Cette situation peut sembler anodine. Pourtant, lorsqu'elle se répète, elle mérite qu'on s'y intéresse.
Ce qui se joue avant même de répondre
Dire non paraît simple lorsqu'on y réfléchit tranquillement. Dans une conversation, les choses se compliquent parfois.
Il y a la demande elle-même, bien sûr. Mais aussi tout ce que l'on imagine autour : la réaction de l'autre, ce qu'il pourrait penser, les conséquences possibles sur la relation.
« Est-ce qu'il va mal le prendre ? »
« Est-ce qu'elle va me trouver égoïste ? »
« Est-ce que je risque de le décevoir ? »
On peut alors se retrouver à négocier intérieurement avec une réaction qui n'a pas encore eu lieu.
Parfois, cette anticipation repose sur une expérience bien réelle. Certaines personnes ont appris, au fil de leur histoire, qu'exprimer un désaccord pouvait entraîner des reproches, du rejet ou des tensions. Il serait réducteur de considérer toutes ces craintes comme imaginaires.
Le regard des autres dans nos décisions
Nous accordons tous une certaine importance à ce que les autres pensent de nous. C'est une dimension ordinaire de la vie relationnelle.
La difficulté apparaît lorsque cette préoccupation occupe tellement de place qu'elle influence presque systématiquement nos décisions.
On accepte une invitation alors qu'on aurait besoin de repos. On prend en charge une tâche supplémentaire. On évite de donner son avis en réunion. On laisse passer une remarque qui nous dérange.
Chaque situation possède ses particularités. Mais une question peut traverser toutes ces expériences : quelle liberté nous reste-t-il lorsque la réaction supposée des autres devient notre principal critère de décision ?
Cette question touche à la confiance, au regard des autres, à la légitimité ressentie et à la liberté de prendre sa place.
On peut d'ailleurs être parfaitement compétent, autonome et capable de prendre des décisions importantes dans certains domaines, tout en éprouvant de grandes difficultés à poser une limite dans une relation particulière.
Et cela peut être particulièrement agaçant de se découvrir si hésitant dans une situation qui paraît pourtant simple.
Et si l'autre le prenait mal ?
Nous aimerions parfois trouver la formulation parfaite : celle qui permettrait de refuser sans froisser, de poser une limite sans provoquer de désaccord, d'exprimer une préférence sans susciter de jugement.
Cette formulation n'existe pas toujours.
On peut choisir ses mots avec attention, expliquer sa décision avec respect et malgré tout rencontrer une déception ou une incompréhension.
Cela ne signifie pas que toutes les situations se valent. Dans certaines relations ou certains environnements professionnels, les conséquences d'un refus peuvent être importantes. Le contexte compte.
Mais lorsque les circonstances permettent de faire un choix, il peut être intéressant d'observer ce qui nous pousse à privilégier la réaction de l'autre au détriment de notre propre position.
Quelques questions à explorer
La prochaine fois que vous vous surprendrez à accepter quelque chose que vous auriez préféré refuser, vous pourriez vous demander :
Qu'est-ce que je crains précisément si je dis non ?
Cette crainte repose-t-elle sur des faits, sur une expérience passée ou sur une anticipation ?
Quelle importance est-ce que j'accorde au fait d'être apprécié, compris ou approuvé dans cette situation ?
Qu'aurais-je choisi si je n'avais pas eu à gérer le jugement supposé de l'autre ?
Il ne s'agit pas de se forcer à dire non en toutes circonstances. Certaines concessions sont librement choisies et participent à la vie relationnelle.
La question est de savoir si l'on accepte parce qu'on en a envie, ou parce qu'on redoute ce qui pourrait arriver en refusant.
Explorer sa manière de prendre sa place
Lorsque ces situations se répètent, il peut être intéressant de prendre le temps de comprendre ce qui se joue.
Pourquoi le jugement de certaines personnes pèse-t-il autant ? Qu'est-ce qui rend parfois si difficile le fait d'exprimer une préférence, de poser une limite ou simplement de prendre sa place ?
Ce sont des questions que nous pouvons explorer ensemble dans le cadre de consultations individuelles, à Libourne ou en visioconférence.
